Prendre un bain de feuilles, est-ce de la magie ou de la phytothérapie ? Souvent, on associe ces traditions à des croyances mystiques. Certains d’entre vous auraient peut-être même un peu honte de dire qu’ils en ont pris. Pourtant, derrière ces pratiques se cache une véritable science.
Dans mon enfance, de retour d’un voyage difficile ou d’une rude maladie, ma mère avait l’habitude de nous préparer un bain spécial. Elle rassemblait un mélange de feuilles : citronnier, bois pélé, corossol, tisiro et monbin bâtard. Elle mettait ces feuilles dans une cuvette d’eau exposée au soleil pendant une à deux heures, entre 10h00 et 12h00. Avant de me baigner, elle frottait les feuilles dans l’eau pour m’en passer sur la tête, puis elle s’en servait pour me frotter le corps, sans même utiliser de savon. Souvent, après, je me sentais immédiatement revigoré et apaisé. À l’époque, je ne me posais aucune question sur le pourquoi de ce bain ni de l’exposition au soleil.
Aujourd’hui, en tant que botaniste et spécialiste en science des plantes, l’étude du monde végétal est devenue ma passion, sur les plans ethnobotanique, écologique et phytochimique. Inspiré par les travaux de Jean-Marie Pelt, docteur en pharmacie, botaniste et écologue, j’ai commencé à analyser ces pratiques à travers le prisme de la science pour mieux comprendre les gestes de ma mère.
1. Le citronnier (Citrus aurantiifolia)
Ses feuilles sont riches en huiles essentielles, surtout du limonène et du citral, des terpènes aux propriétés antimicrobiennes et insectifuges qui aident à assainir l’eau.
2. Le caféier (Coffea arabica)
Ses feuilles contiennent de la caféine, un alcaloïde présent aussi dans la feuille et pas seulement dans le grain, aux effets stimulants et antimicrobiens.
3. Le bois pélé (Colubrina arborescens)
Il renferme des saponines, des molécules moussantes qui agissent comme un nettoyant naturel et facilitent le passage des autres principes actifs à travers la peau.
4. Le corossol (Annona muricata)
Ses feuilles contiennent des acétogénines et des alcaloïdes, et sont traditionnellement utilisées pour leur effet apaisant, qui aide le corps à retrouver son équilibre.
5. Le monbin bâtard (Trichilia hirta)
De la famille des Méliacées, ses feuilles sont riches en limonoïdes, des composés amers aux propriétés insecticides et antimicrobiennes, capables d’agir sur divers pathogènes à la surface du corps.
6. Le tisiro (Piper)
Ses feuilles aromatiques renferment des huiles essentielles et de la pipérine, un alcaloïde, et dégagent des parfums qui apaisent et clarifient l’esprit.
La méthode
Chauffer doucement l’eau au soleil préserve les parfums aromatiques des feuilles, tandis que les frotter dans l’eau libère mécaniquement leurs molécules et leurs bienfaits.
En analysant ces bains du point de vue ethnobotanique et phytochimique, j’ai compris qu’il s’agissait d’un mélange de centaines de molécules — alcaloïdes, saponines, terpènes et composés amers — capables d’agir ensemble. Ce qui semblait magique reposait en réalité sur une chimie végétale bien réelle.
Un champ de recherche à ouvrir
Ces expériences et ces données ethnobotaniques sont fondamentales pour faire avancer la science. J’y vois des pistes de recherche précieuses pour encourager les jeunes à faire des licences, des maîtrises et des doctorats en phytochimie et en écologie, afin d’apporter des solutions à certains grands maux de la société.
C’est pourquoi il est important de rendre la botanique plus simple et accessible à tous, et de lever les tabous qui laissent croire que l’usage des plantes pour les bains relève de la magie. Ce sont avant tout des solutions fondées sur la nature pour aider les populations locales. Il faut aussi s’appuyer sur la science pour éviter certaines mauvaises utilisations. Des ressources comme la revue Ethnobotany permettent d’ailleurs de diffuser ces recherches et d’éclairer nos pratiques traditionnelles.
À l’École de Botanique, nous encourageons l’étude des plantes pour mieux les documenter, les valoriser, les conserver et les utiliser. Suivez et partagez nos publications pour contribuer à l’éducation sur les plantes !
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